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Propos

 

« La véritable nature de notre rapport au réel ne réside pas dans l’impression visuelle, mais dans les modèles formalisés des objets et de l’espace que le cerveau crée à partir des sensations visuelles » (Bill Viola -entretien avec Raymond Bellour en 1984)

Chez Louise

Il m’est resté du travail entrepris sur le jeu, un vif intérêt pour le système que je considère singulièrement créatif. Le schéma permet la représentation d’un système. Il a valeur explicative et comporte un haut degré d’abstraction ; il est souvent la représentation d’un mouvement alors même que le dessin est totalement dénué d’émotionnel (au sens littéral : celui qui meut) ; il exprime entièrement ce qui est compris, ce qui est défini ; il exclue l’incertitude.

Il a pour rôle de représenter une réalité complexe et d’en permettre une compréhension directe. Mais il nécessite souvent une lecture attentive et volontaire. Un coup d’œil rapide, non informé sur un schéma peut nous induire en erreur car nous risquons d’associer le dessin à une forme connue. Tout se passe alors comme si le cerveau s’arrangeait avec le réel et que la première image qu’il fabriquait était celle qui nous était la plus confortable. Puis il semble opérer une vérification, passer en revue ses archives d’images et de symboles et s’arrêter sur la plus ressemblante. Une fois cette reconnaissance effectuée il s’autorise des associations d’idées et d’images pour recomposer sa propre image. Elle est l’étonnante résultante d’une fabulation visuelle et d’une perception sensitive. Mes dessins, réemploient des schémas anatomiques. Ils sont des leurres qui s’évanouissent au fur et à mesure que la distance qui les sépare du spectateur s’amenuise. Ils n’existent qu’au premier coup d’œil et convoquent simultanément, dans une confrontation fugace, les questions de représentation, et l’expérience sensitive.

Ce travail formel ambitionne aussi d’établir un dialogue entre réel et imaginaire. Les dessins schématiques des organes de reproductions féminins et masculins; que j'utilise sont une matrice, génératrice d’une infinité d’images. Je les manipule, agence, reproduis pour donner naissance à des motifs ornementaux et des objets de décor.
J’élabore toutes les pièces en employant des procédés de décalque simple ; leurs motifs sont patiemment tracés à main levée. Certains dessins sont remplis de couleurs au moyen de feutres pailletés ou fluorescents.
Quelque soit l’outil utilisé, le coloriage, n’est pas intuitif ou aléatoire, il procède de l’exécution de règles préé­tablies. Il est un jeu solitaire.

Chaque élaboration est à fois passe- temps et véritable labeur : les objets obtenus sont inutiles ou inutilisables et leur un rythme d'exécution est particulièrement lent. Ce travail m'imposent un temps de méditation. Par analogie, il propose une réflexion sur les processus de création et interroge le rôle de l’artiste.
 

© Elise Morilhat, 2007. adagp@adagp.fr- ADAGP 11, rue Berryer 75008 Paris- +33(0)1 43 59 09 79