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Propos

 

Plan de montage

La scénographie de la manifestation « Plan de montage » et de son exposition est une conception de Guillaume Hillairet, Elise Morilhat, Dominique Salmon et Delphine Tambourindégui d'après une idée de l'ensemble des artistes-membres de PointBarre.

Pensée comme l'articulation globale de l'événement elle permettait aux occupants du lieu de circuler comme à leur habitude et matérialisait trois espaces thématiques : espace d’exposition d’œuvres, espace de rencontres et débats (agora), espace bureau.

L'organisation de l'espace était assurée par une structure composée d'échafaudages . Supports d'accroches, ils distribuaient des espaces distincts et conduisaient le visiteur jusqu'à l'agora, puis le bureau, en lui permettant de découvrir sur son parcours, les œuvres spécifiquement conçues par les artistes de PointBarre.
Le dispositif se déployant selon une logique rhizomatique, mirroir actif du travail de l’association Pointbarre, symbolisait l’accroissement et le bâti des choses. Il révélait en tant que processus et avancement, l’état essentiel à la construction de l’opinion et de l’esprit critique.


Le nouveau, Chambres

Mon expérience de comédienne m’a conduite à relativiser la nécessité du décor : les comédiens répètent souvent sans décor et si l’interprétation est de qualité, l’inscription scénique et le texte suffisent à produire les supports imagés nécessaires à la création d’un imaginaire pour le spectateur. Il y a d'ailleurs bien longtemps que Jacques copeaux a réclamé « un tréteaux nu » !

Cependant, si le dispositif scénique n’est pas nécessaire à la dramaturgie il l'est souvent, à la représentation : il n’y a pas de création théâtrale dans l’absolu ; il y a une création dans un espace, ou bien une création prévue pour plusieurs espaces, en vue d’une tournée. Dans ce dernier cas de figure, le dispositif scénique a vocation à garantir des conditions de jeux dans des espaces qui n'y seraient pas favorables. Aussi, lorsque l'acoustique du lieu est mauvaise, il crée un cadre scénique, sert de caisse de résonance et permet au comédien de diriger sa voix pour être entendu. Il lui donne aussi des points de repères fixes qui sont un support pour son jeu.
Pour la tournée du spectacle  Le nouveau  (spectacle jeunesse), j’ai fait le choix d’un dispositif scénique modulaire. Le spectacle se jouait chaque jour, en matinée, dans une salle différente. J'ai conçue des modules de petites tailles pour qu'ils soient aisément transportables et mis en lumière quelque soit l’indigence du lieu d’accueil. La scénographie devait également permettre à une dizaine de comédiens d'être présents en même temps sur le plateau, sans pour autant être à vue. Elle devait aménager des entrées rapides et définir visuellement des espaces fixes pour certains personnages.

L’accessoire scénique, loin d’être une béquille, ou un objet secourable, peut être un support d’invention pour l’interprète qui compte de plus en plus comme auteur : il peut servir son jeu en constituant un appui sensitif. C’est dans cette optique que j’ai conçue la scénographie de Chambres mise en scène par N. Cannet (Théâtre du Pont Tournant. Bordeaux) en 2002. Le dispositif scénique est très simple : un entrelac de tarlatanes de couleurs chair recouvre un grand matelas de sable. Les pans forment des couches, des strates, des peaux. Les comédiennes soulèvent progressivement les minces couches de tissus en écho au travail psychanalytique des personnages.
Elles dégagent un matelas de sable qui offre à son tour de nouvelles possibilités de jeu : tout d’abord, lieu de passage rapide, il devient un espace pour s’ancrer. L’une le traverse, une autre le palpe, le foule, entamant progressivement une petite danse. La suivante frappe le sable de ses poings avant de s’en couvrir…
 

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